Quand on commence le tournage sur bois, on se rend vite compte d’une chose : les copeaux volent vite, très vite, et les stocks de matière première fondent à vue d’œil. Acheter des carrelets ou des plateaux de bois précieux chez un revendeur spécialisé est idéal pour des projets d’exception, mais pour s’exercer, tester des formes ou simplement se faire plaisir au quotidien, la facture peut rapidement grimper. Heureusement, notre environnement regorge de trésors ligneux qui ne demandent qu’à être sauvés de la déchetterie ou du feu de cheminée. Dans cet article, vous allez découvrir comment dénicher du bois de qualité à moindre coût et, surtout, comment adapter votre technique pour transformer ces trouvailles en objets d’art.
Les élagages et les vergers, des mines d’or locales
Les tempêtes, l’entretien des parcs ou la taille printanière des arbres fruitiers génèrent des volumes considérables de bois vert. C’est le terrain de jeu favori du tourneur. Rapprochez-vous des élagueurs locaux, des services d’entretien des espaces verts de votre commune ou des agriculteurs. Le pommier, le poirier, le cerisier ou le noyer récupérés après une taille offrent des contrastes de couleurs magnifiques et des fibres denses, parfaites pour le tournage.
Travailler le bois vert demande cependant de la méthode. Ce bois est gorgé d’eau, ce qui le rend tendre et particulièrement agréable à couper. Pour éviter que vos outils ne broutent, privilégiez un angle d’affûtage de 55° à 60° pour vos gouges à creuser. Lors du tournage de bois vert, la vitesse de rotation doit être modérée, généralement entre 800 et 1200 tours par minute selon le diamètre de votre pièce, pour limiter les projections d’eau et les vibrations dues au balourd de la bûche fraîche.
Les palettes et le bois de récupération industrielle
Pour le tournage en bois de fil (comme des stylos, des manches d’outils ou des toupies), les chantiers et les zones industrielles sont d’excellentes sources d’approvisionnement. Les palettes non traitées (marquées HT pour Heat Treated et non MB pour le bromure de méthyle) recèlent parfois du chêne, du hêtre ou du peuplier. Les fins de chantiers de menuiserie regorgent aussi de chutes de parquets ou de madriers.
Attention toutefois à la texture de ces bois secs. Le bois de récupération est souvent très sec (autour de 8 à 10 % d’humidité). Il est plus dur et engendre plus de poussière. Ici, vos outils doivent être rasoirs. Une gouge à profiler ou un bédane demandera un angle de coupe plus aigu, autour de 35° à 45°, pour trancher proprement les fibres sans arrachement. Augmentez la vitesse de rotation de votre machine, entre 1500 et 2200 tours par minute pour les petits diamètres, afin d’obtenir un fini de surface impeccable directement au tranchant. Si vous ressentez une appréhension face à ces variations de dureté, suivre un cours de tournage sur bois avec un professionnel reste le meilleur moyen d’acquérir les bons gestes de coupe en toute sécurité.
Le bois de chauffage, l’alternative économique
Ne sous-estimez jamais un cordon de bois de chauffage. Pour le prix d’un stère, vous disposez d’un stock de chêne, de hêtre ou de frêne pour des mois. Cherchez les bûches présentant des nœuds, des fourches ou des départs de branches. En tournage, ce sont ces « défauts » qui créent les plus beaux veinages et des effets esthétiques spectaculaires une fois mis en forme.
Lors du montage entre pointes d’une bûche de chauffage, veillez à purger l’écorce si elle est meuble pour éviter qu’elle ne se détache sous l’effet de la force centrifuge. Utilisez une gouge à dégrossir avec un mouvement fluide, de l’intérieur vers l’extérieur, en maintenant le biseau de l’outil en appui constant sur le bois pour guider la coupe et absorber les vibrations.
Un dernier tour de piste
Trouver du bois gratuit est à la portée de quiconque sait observer son environnement. Que vous optiez pour la souplesse du bois vert ou la rigidité des bois de récupération, gardez toujours à l’esprit que la sécurité prime : portez un masque et une visière intégrale, surtout face à des pièces déséquilibrées.
Soyez patient, laissez le temps au bois vert de sécher lentement après un premier dégrossissage, et apprenez à lire les fibres. Après tout, pour ne pas rester de marbre face à votre machine, il faut savoir de quel bois on se chauffe !
